dimanche 24 octobre 2010

Il est 22H00 à ma montre, Paul ne devrait pas tarder à venir me chercher. Ce soir est un soir spécial, nous fêtons le premier domicile partagé de Paul et Daphné. Paul est brun, grand, assez bel homme, souriant et possède une personnalité expansive qui s’ assortie plutôt bien à un sens de l’humour à toute épreuve.
Daphné est blonde, assez jolie. Ses traits sont très fins et contrastent avec une voix rocailleuse, envoûtante.
Une ex hystérique reconvertie, en effet elle est passé de l’autre coté et aspire maintenant à une vie tranquille, et connais désormais une aversion pour l’imprévu. Les opposés s’attirent, après des années de fréquentation effrénées mes deux meilleurs amis s’installent ensemble.
Assise devant la coiffeuse je mets à profit tous les artifices que la cosmétologie m’offre pour masquer la fatigue due à plusieurs nuits sans trouver le sommeil. Je sursaute. Mon rouge à lèvre vient de s’étendre jusqu’à mon oreille. Une trainée carmin me fend le visage. C’est encore Paul et sa fâcheuse manie de klaxonner brutalement pour prévenir qu’il est arrivé en bas de mon immeuble et m’attend.
Paul est comme dit précédemment mon meilleur ami et bien souvent, mon taxi. Je traverse mon appartement une chaussure au pied, l’autre introuvable, puis me penche par dessus mon balcon pour sourire à Paul et l’implorer de me laisser quelques minutes supplémentaires. Mon escarpin vernis gauche est tellement difficile à localiser que j’opte alors pour des anthracites en écaille . Armée d’un kleenex j’essuie mes peintures de guerre. Je saute sur un micro sac en cuir matelassé noir, qui aura pour mission de garder médicaments et cigarettes à portée de main. Deux ou trois pirouettes pour passer par dessus le canapé et me voilà prête à partir.

- Sympa les chaussures !
- Euh, Paulo, je t’explique, un concours de circonstances, je ne trouvais pas les autres.
- Oui, s’est un peu le bordel chez toi ces derniers temps. En tout cas elles sont du plus bel effet ! Musique ?
- Musique !

J’adore ces petits trajets en voiture. Paul et moi roulons à tombeaux ouverts. Riant sous les protestations des autres automobilistes, une main au volant, l’autre en train de tapoter la cendre de sa cigarette au dessus de la route, Paul chante sur le seul CD que le lecteur de sa voiture n’ai jamais connu. De la musique dance, qui nous rappelle, nos encore plus jeunes années. Deux ou trois virages plus tard, pris au dernier moment, autant de feux grillés et un bruit strident de frein, nous voilà au pied de l’immeuble de Paul et Daphné. Il faut croire que nous avons semé la police, la rue est très calme, la nuit est d’un noir profond.
L’immeuble présente bien, le quartier à l’air tranquille. Soudain une fenêtre s’ouvre laissant échapper une lueur fuchsia et une musique d’ambiance. Daphné apparaît alors et avec un sourire radieux qui nous invite à grimper. Paul me vol mon sac puis s’enfui en courant jusqu’à sa porte conjugal, s’est en tentant de le récupérer, à bout de souffle, que j’atterri à la petite sauterie. Daphné nous accueille, elle est radieuse et porte une robe en satin gris, fluide avec de fines bretelles qui glissent sur ses frêles épaules ambrées. Son coup quasiment nu est habillé d’un pendentif en or, je porte le même. Avec fougue elle se jette sur moi et m’embrasse quatre fois en me tartinant son blush sur les joues puis embrasse Paul sobrement mais avec complicité.

- Un canapé les chéris ? Ils sont aux olives et si vous vous démerdez bien, il doit en rester au saumon là bas.
- Sans façon Daph ‘, par contre le champagne je ne crache pas dessus. Dis-je en lui prenant une coupe des mains.
- Samantha est là ?! s’exclame Paul avec une joie sans retenue et nous quitte pour se diriger vers elle.
- Quoi, tu as invité cette gourdasse à ta pendaison de crémaillère ? m’exclame-je.
- Et bien euh, s’est pour faire plaisir à Paul et enterrer la hache de guerre. Répond Daphné, un tic aux lèvres avant de me reprendre la coupe des mains et d’avaler une bonne gorgée de son contenu.
- Je comprends, ta condition de concubine t’oblige à tirer un trait sur le passé, et jouer le rôle de la fille sans aucunes rancunes. Personnellement je n’ai pas d’obligation et une furieuse envie de prendre ta hache et de lui balafrer sa face d’hypocrite.
- Mais elle est super cool Sam ! S’exclame Paul qui se tenait de nouveau derrière moi et qui avait surpris notre conversation.
- Elle était surtout la seule à vouloir de toi quand tu portais un appareil dentaire et que ta mère trouvait que les pulls en laine moutarde mettaient en valeur le teint de son fils.
Rétorque Daphné l’air satisfait en tendant à Paul sa coupe de plastique, vide.
- Jalouse va ! Elle a su déceler mon potentiel. Dit Paul en souriant à Samantha de loin et en émettant un petit signe de la main.
- Et moi, je l’exploite.

J’adore Daphné, j’adore Paul mais ce que j’aime par dessus tout ce sont leurs pseudo scènes de ménage.

- Oh Blondie ! Tu viens danser Daph’ ?! s’exclame Paul.
- Avec plaisir, Juju, on te laisse ? il y a de quoi t’occuper.
Crie Daphné en désignant d’un doigt manucuré avec soin le buffet plein de sangria.
- Amusez vous les jeunes.

Je me sers un verre de sangria en évitant soigneusement les fruits, le bois d’une traite et m’isole sur le balcon. Penchée au dessus de la rue je profite de la fraicheur de la nuit pour reprendre mon souffle, dans l’appartement la chaleur est étouffante. Je m’allume une cigarette alors qu’un inconnu au physique pas trop repoussant m’aborde.


- Ca va mademoiselle, vous avez l’air toute pâle, on dirait un zombie qui n’a jamais été au Seychelles ?
- On a connu mieux comme technique de drague, et plus flatteur. L’inconnu se met à rire.
- Du caractère et de l’humour, j’aime ça.
- Le manque de tacte et l’obstination, ça à son charme aussi.
L’inconnu se mord les lèvres pour réprimer maladroitement un autre rire.
- Je m’appelle Victor, je suis un collègue de Paul.
- Jamais entendu parler.
- Et s’est moi qui manque de tacte ? Me dit Victor arborant un sourire fier.
- Touchée, mais pas coulée, moi s’est Juliette.
- Ahhh la fameuse Juliette, le phénomène dont me parle Paul, finalement je vous connais déjà bien, à travers lui.
- Plus besoin d’approfondir les présentations, puisque vous savez déjà tout. Dis-je d’un air faussement ennuyé.
- Ah si, j’insiste ! par exemple je n’étais pas au courant de tant de beauté.
- On s’améliore en drague à ce que je vois.
- Et vous n’avez encore rien vu. Me répond Victor avec une lueur brillante dans le regard. Un autre verre de sangria ? Elle est divine !
- Vous savez parler aux femmes, décidément je m’étais trompée lourdement. Avec plaisir et surtout pas trop de fruits.

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